Il faut tout un monde pour éduquer le citoyen du village planétaire

Discours d'Abdou Diouf :

C'est avec une grande joie que je participe à l’inauguration de la Maison des Savoirs de Kinshasa. Je sais combien il a fallu de détermination et d’engagement de la part de la République démocratique du Congo et de la ville de Kinshasa pour que nous puissions célébrer aujourd’hui ce moment historique.

La Maison des Savoirs de Kinshasa est une infrastructure importante longtemps attendue par la population. Les besoins en matière d’accessibilité au savoir et à la culture sont immenses et demanderaient, pour être comblés, des investissements mille fois plus importants. Néanmoins, nous posons aujourd’hui un jalon important, très important. Ce projet est un des plus porteurs du cadre stratégique décennal de la Francophonie. Un projet sur lequel je fonde personnellement beaucoup d’espoir. Cette Maison des Savoirs est la première en Afrique centrale et la première en RDC, cet immense pays, ce géant dont le devenir nous tient tant à coeur et qui accueillera en 2012 le XIVème Sommet de la Francophonie.

En tant que secrétaire général, il m’est agréable de constater que l’OIF et Les divers opérateurs de La Francophonie participent presque tous au projet de La Maison des Savoirs de Kinshasa. Il y a d’abord l’Organisation internationale de la Francophonie et l’Association internationale des maires francophones qui sont les deux partenaires principaux de ce projet. Mais il ne faut pas oublier l’Agence universitaire de la Francophonie dont l’expertise technique pour tout ce qui concerne les nouvelles technologies de communication est absolument indispensable. Pour sa part, TV5 Monde apporte des modules de formation et des contenus télévisuels qui aideront à l’apprentissage du français.

Je veux souligner particulièrement l’engagement des autorités de la ville de Kinshasa sans qui cette Maison des Savoirs n’aurait jamais vu le jour. Monsieur le gouverneur, je salue, la vision dont vous avez fait preuve, en mobilisant les ressources de la capitale autour de ce projet qui témoigne de l’importance que vous accordez au savoir et à la culture et, surtout, à la nécessité de les rendre accessibles au plus grand nombre. Sans votre implication personnelle, votre « enfant chéri », « Mwana suka », comme on dit en lingala, n’aurait pu naître. La ville de Kinshasa prend en charge une part importante des frais futurs de fonctionnement et d’animation de la Maison des Savoirs. Elle s’engage donc pour l’avenir et je sais pouvoir compter sur elle. Voilà un bel exemple d’une municipalité qui a compris que sa raison d’exister ne se limite pas à offrir des services de base à ses citoyens, mais qu’elle a aussi un rôle, tout aussi incontournable, à jouer aux plans éducatif, culturel et communautaire. Voilà une ville qui a compris qu’elle peut et doit agir pour le développement.

La Maison des Savoirs de Kinshasa s’ajoute à notre réseau encore jeune de Maisons des Savoirs. Ses soeurs sont situées à Hué au Vietnam, à Chisinau en Moldavie et à Ouagadougou au Burkina-Faso. Le réseau répond à la volonté exprimée par les chefs d’Etat et de gouvernement qui ont souhaité, au Sommet de Bucarest en 2006, que soit développée une action de proximité visant à accroître, auprès d’un vaste public, l’accessibilité à la culture en s’appuyant sur la solidarité numérique. Ainsi, le projet des Maisons des Savoirs vise à réduire la fracture numérique et à favoriser le développement en misant sur un accès facile et peu coûteux aux connaissances et aux savoirs. C’est une contribution de la Francophonie à l’appropriation, par les pays du Sud, des technologies d’information et de communication et un encouragement à leur application dans le domaine éducatif.

La Maison des Savoirs de Kinshasa est dotée d’un système de visio-conférence performant qui, grâce à la fibre optique récemment déployée en RDC, rendra dorénavant possible la tenue par visio-conférence de réunions et de formations à distance. Elle offrira un accès direct aux médias imprimés et numériques, aux ressources pédagogiques, à des enregistrements audio et vidéo ainsi qu’à des livres francophones en ligne. Sa programmation permettra d’assurer plusieurs activités éducatives, sociales et culturelles. La Maison des Savoirs de Kinshasa offrira donc un bouquet complet qui permettra à chacun de se familiariser avec les nouvelles technologies d’information et de communication. Elle facilitera l’apprentissage de la langue française, proposera des activités culturelles et donnera accès à une importante bibliothèque.

Mais la Maison des Savoirs c’est encore bien plus que cela. C’est un lieu de rencontres, un lieu d’échanges, un lieu où on peut élaborer des projets communs, partager ses rêves et ses appréhensions. C’est un lieu de solidarité. C’est aussi un outil. Un outil d’épanouissement individuel qui s’appuie sur la culture et l’appartenance identitaire de chacun, tout en facilitant l’ouverture sur le monde à travers la place importante faite aux nouvelles technologies.

Je veux que la Maison des Savoirs de Kinshasa soit ouverte, conviviale, et tournée vers la modernité. Je dis aux jeunes kinoises et aux jeunes kinois, occupez-la, faites-la vivre, faites-la vibrer, mais aussi prenez-en grand soin car c’est votre maison.

Cet après-midi, j’assisterai à la signature, avec le gouvernement de la République démocratique du Congo, de l’entente qui permettra l’implantation à Lubumbashi d’un centre IFADEM, « l’Initiative francophone de formation à distance des maîtres ». L’IFADEM fait appel aux efforts conjugués de l’Organisation internationale de la Francophonie et de l’Agence universitaire de la Francophonie.

Un peu plus tard, en septembre, l’Administrateur de l’OIF, Monsieur Clément Duhaime, viendra inaugurer avec vos autorités, quinze Centres de lecture et d’animation culturelle, (CLAC comme on les nomme familièrement) implantés dans diverses régions de la République. Ceci démontre l’importance que la Francophonie accorde à la République démocratique du Congo et combien celle-ci est présente dans la stratégie de déploiement de la Francophonie.

Je veux, en terminant, souligner l’engagement constant du Président Kabila en faveur de la Francophonie. Ce n’est pas un hasard si les chefs d’Etat et de gouvernement ont, dès 2008, répondu favorablement à son invitation en retenant la ville de Kinshasa pour la tenue du Sommet de 2012.