Il faut tout un monde pour éduquer le citoyen du village planétaire

« Le partage du savoir ne sera pas toujours pour demain : car il n'est pas le problème, il est la solution. Le partage du savoir ne divise pas la connaissance : il la fait croître et multiplier ".
Koïchiro Matsuura, Directeur général  de l'UNESCO

Levier indispensable et puissant de développement durable, humain comme économique, le savoir n'est toujours pas également accessible à tous, bien que l'Internet offre désormais un immense potentiel d'accès au savoir, mais aussi de production de savoir, en permettant les échanges et la production collaborative à distance.

Concernant les ressources éducatives, on assiste au vigoureux développement du courant des REL (Ressources Educatives Libres) ou OER (Open Educational Ressources), intitulés adoptés lors du Forum 2002 de l'UNESCO. Faisant appel aux technologies de l'Information et de la Communication, les REL peuvent être consultées, utilisées ou adaptées par une communauté d'utilisateurs. Il s'agit donc bien, non seulement de partager, mais de créer du savoir éducatif à l'échelle internationale.

L'intégration des REL dans les programmes éducatifs est désormais un phénomène mondial. Ce type de production et d'échanges à faible coût semble constituer une solution prometteuse pour les pays en développement, et particulièrement  les pays africains, confrontés  à des défis majeurs pour atteindre les Objectifs du Millénaire, dont celui d'assurer l'accès de tous à une éducation de qualité. S'appuyant sur le développement de la connectivité et de terminaux légers, il pourrait par exemple permettre aux enseignants isolés d'accéder à l'information et aux ressources pédagogiques.

Toutefois, en dehors des questions d'équipement informatique et d'accès à l'Internet, des questions essentielles se posent.

Les contenus disponibles proviennent très largement des pays riches, et ne s'adaptent pas toujours facilement aux contextes culturels, sociaux et économiques locaux. Même si ce contenu externe peut constituer un apport intéressant, se pose toutefois la question de la production africaine de contenus adaptés par les intéressés eux-mêmes. Des initiatives allant dans ce sens apparaissent ça et là, mais souvent limités à un besoin précis (par exemple, formation des vacataires au Sénégal, ou préparation aux examens scolaires, ou contenus élaborés dans le cadre de la réforme curriculaire)

Pour ce qui est des productions REL généralistes, force est de constater qu'elles proviennent essentiellement des pays anglophones. C'est particulièrement le cas pour le primaire où les REL disponibles en français sont issues d'initiatives anglophones (TESSA : hébergé et soutenu par l'Open University, Royaume Uni, 9 pays africains, dont un seul « francophone », le Rwanda ; FLOSS4EDU : initiative venue du Kenya, patronnée par le Commonwealth Of Learning). S'il convient de saluer ces initiatives pionnières, on remarque toutefois que ces ressources francophones, parfois simplement traduites de l'anglais, ne sont pas toujours adaptées et nécessitent un travail de contextualisation. A noter également que, n'étant pas élaborées en référence à un niveau ou à un programme défini, ces ressources constituent plutôt un accompagnement pédagogique, encore loin d'un modèle abouti comme celui de Sésamath.

Pourtant, dans les pays africains francophones, l'expertise disponible est d'excellente qualité, et l'intérêt des enseignants pour  le travail collaboratif est manifeste, comme l'a confirmé leur implication dans l'atelier Reli@ d'octobre 2008 à Dakar, qui a émis un « Appel pour la production panafricaine de ressources pédagogiques numériques libres», de même que dans l'atelier REL de mars 2009 à Dakar organisé par l'UNESCO, MAN (Merlot African Network) et la Francophonie et lors de l'Université numérique d'Hammamet, en août 2008, co-organisée par l'ADEA (Association pour le Développement de l'Education en Afrique)et le FSN (Fonds de Solidarité Numérique).

Lors de ces évènements, nous avons pu constater l'existence de multiples initiatives issues des acteurs et la volonté des enseignants africains de travailler ensemble, en dépassant la barrière des langues, en réponse aux problématiques communes auxquelles ils sont confrontés, dont  la formation d'une quantité massive d'enseignants et la « révolution pédagogique » entamée qui remplace la pédagogie frontale par une pédagogie centrée sur l'élève et sa mise en activité. Toutefois, l'insuffisance de cadre politique et de pilotage freine l'organisation de réseaux d'enseignants en communautés de partage et de production,  aux niveaux régionaux, nationaux et transnationaux.

La sensibilisation de toutes les parties prenantes à l'immense potentiel de création et de partage de contenus éducatifs africains REL, et à la nécessité politique d'en faciliter le développement et la diffusion, constitue donc l'objectif premier d'Apréli@.

Le second en est de favoriser le développement et la coordination de partenariats et de réseaux réunissant d'autres organisations épousant les mêmes objectifs, et particulièrement la création collaborative de ressources. La mise en place du projet Reli@ (Ressources éducatives libres pour institut-ices/eurs @fricain-e-s) s'inscrit dans cet objectif. S'appuyant sur l'expertise de Sésamath et de la FASTEF (ex-ENS) de Dakar, « dans le cadre d'une coopération entre égaux, il permet la diversité culturelle et l'indépendance, l'intégration sans l'aliénation »(1).

La question de la production de REL africaines étant désormais identifiée comme une priorité stratégique pour atteindre les objectifs du Millénaire, toutes les parties prenantes y ont un rôle à jouer, dont la société civile, la coopération à tous les niveaux, mais aussi les acteurs importants que sont les entreprises et les fondations. C'est le cas de la Fondation William et Flora Hewlett, qui a axé son appui aux REL sur une stratégie de changement visant à offrir un accès égal au savoir en sponsorisant le contenu libre de qualité, en en promouvant l'utilisation et en supprimant les barrières. Cette fondation est également le 1er bailleur de l'initiative TESSA.

Dans l'urgence de parvenir enfin au partage du savoir, intégrant l'ensemble du patrimoine universel, et en permettant la croissance et la multiplication pour le bien de tous et de chacun, nous appelons la Communauté du Libre et tous les acteurs de la société civile et des secteurs  politique et économique à soutenir notre démarche pour une éducation de qualité pour tous en Afrique en rejoignant Apréli@, comme partenaire ou adhérent.

(1)     Jean-Pierre Archambault, voir http://www.epi.asso.fr/revue/articles/a0901a.htm