Il faut tout un monde pour éduquer le citoyen du village planétaire

Interview de Pascal Bouchard, journaliste spécialisé en éducation, créateur de ToutEduc, site des professionnels de l'Education (France)
Pascal Bouchard, vous avez publié sur ToutEduc un article sur le numérique en Afrique. Pourquoi ?
Je suis depuis longtemps le travail d'APRELIA, qui, pour autant que j'en puisse juger depuis Paris, est particulièrement intéressant, mais au-delà, j'avoue y avoir mis un peu de malice. Non seulement l'Afrique est dans l'Histoire, mais elle peut montrer le chemin à l'Occident. Elle fait l'économie de la révolution industrielle, elle a les moyens de passer immédiatement à l'ère de l'usage intelligent des TIC et des TICE. Et c'est une terre de haute et très ancienne civilisation. La "palabre" a beaucoup à nous apprendre en termes de démocratie. Nos institutions devraient s'en inspirer dès lors que des évolutions sociétales sont en jeu...

 

Pouvez-vous précisez à nos internautes ce qu'est ToutEduc ?
C'est un site d'information destiné à l'ensemble des professionnels de l'éducation. Je suis bien sûr plus attentif au paysage institutionnel français, qui intéresse mes abonnés, mais aussi au débat d'idées, qui intéresse tous les pays de la francophonie. Je prends de plus le mot éducation au sens le plus large possible, de l'accueil de la petite enfance au baccalauréat, en passant par l'aide sociale à l'enfance, et par la protection judiciaire de la jeunesse.
Je pense toujours, quand j'écris, aux fonctionnaires territoriaux français, mais éventuellement d'autres pays, qui sont confrontés à un monde de sigles et à des enjeux qui sont très éloignés de ce que perçoit le grand public, lequel en a une vision souvent très limitée.

Vous êtes journaliste. D'où vient votre intérêt pour l'éducation ?
J'ai d'abord été enseignant, pendant 18 ans. Je suis agrégé de lettres, et j'ai tenté d'innover en matière d'écriture et de grammaire. Mon dernier livre sur le sujet a d'ailleurs pour titre "Anti-manuel d'orthographe" (Point-Seuil). Mais j'ai aussi beaucoup réfléchi à la situation morale des enseignants. C'était mon sujet de thèse en sciences de l'éducation et j'ai publié récemment "Je hais les pédagogues" (Fabert).
En 1984, j'ai créé sur France Culture une émission consacrée à l'innovation pédagogique. J'ai quitté l'Education nationale, et je suis journaliste à plein temps depuis 1988. En 1997, j'ai été co-fondateur d'une agence de presse spécialisée en éducation-formation, mais son caractère trop élitiste m'a amené à la quitter et à fonder une nouvelle entreprise.

En quoi ToutEduc est-elle "démocratique" ?
C'est d'abord les tarifs, 190 €/ an pour un lecteur unique, 450 si une institution abonne 5 responsables de son équipe dirigeante... Mais c'est aussi une volonté d'être à la fois rigoureux dans l'information, tout en étant le plus lisible possible, même par les non-initiés. ToutEduc constitue alors un outil de formation aux politiques éducatives. Nous publions chaque jour plusieurs dépêches, une quarantaine par semaine, et pour ne pas encombrer les mails, nous proposons chaque mercredi une "lettre" assortie d'une analyse, d'une mise en perspective de quelques faits d'actualité. Au fil des semaines, ces éditoriaux constituent une base solide pour se poser les bonnes questions.

Vous incitez donc les institutions et les personnes à s'abonner...
Bien sûr ; il y a d'ailleurs des tarifs (50 et 90 €) pour ceux qui paient "de leur poche". Mais plus encore, j'aimerais que les institutions nous inscrivent dans leur annuaire, nous tiennent informés de leur actualité et leurs initiatives. Il est difficile de suivre l'actualité africaine, et d'ailleurs, depuis Paris. Aidez-nous. Vous attirerez l'attention de responsables du ministère français de l'Education, des dirigeants syndicaux, des cadres des mouvements d'éducation populaire, des personnels de direction de plusieurs établissements scolaires, des directeurs de l'éducation de plusieurs grandes villes... Je rêve aussi d'avoir pour lecteurs des étudiants des ESPE en France et de leurs équivalents dans d'autres pays, avec des tarifs évidemment adaptés...

Et pourquoi pas un ToutEduc africain ?
Pourquoi pas des ToutEduc, un par pays ? Il suffit que deux ou trois personnes se mettent d'accord pour tenter l'aventure. Je leur indiquerai comment j'ai fait, et nous pourrons échanger des informations. Nous pourrons, un jour, constituer un réseau mondial, car on peut très bien imaginer aussi des ToutEduc en Asie, en Amérique latine ou en Scandinavie... La formule est simple, peu onéreuse et efficace. Il est donc permis de rêver...
En somme, vous invitez vos collègues africains à relever le gant, pour que ce rêve devienne une réalité. C'est bien d'une façon analogue qu'avec l'appui de notre partenaire Sésamath, la 1ère collection « Sésamath-Afrique » est en train de voir le jour, portée par huit éditeurs ouest-africains. C'est donc possible ! Merci Pascal Bouchard de proposer ces belles perspectives de collaborations entre journalistes au service du développement universel de l'Education.