Il faut tout un monde pour éduquer le citoyen du village planétaire

par Alexis Dieth, Docteur en Philosophie, Vienne. Autriche,  Contact Alexis Dieth

  1. L’instrumentalisation des NTCI en Afrique dans une nouvelle acculturation planifiée
  2.  Pour un usage innovant des NTCI en Afrique dans un projet de civilisation : l’exemple d'Aprélia Lire la suite...

 

 

I. L’instrumentalisation des NTCI en Afrique dans une nouvelle acculturation planifiée
La réduction de la fracture numérique est le mot d’ordre d’une nouvelle politique d’intégration de l’Afrique dans la nouvelle économie financière de l’ère des réseaux de l’information. L’accent est mis sur les buts de productivité de croissance économique, d’apprentissage et de formation d’une mentalité numérique appropriée à l’ère des réseaux, même dans les zones rurales. Combler la fracture numérique consisterait à réajuster structurellement et culturellement l’Afrique en diffusant la nouvelle mentalité de la civilisation numérique, selon les buts de productivité financière et de croissance économique. La théorie du développement qui omet de parler d’une nouvelle dépendance ainsi que de la finalité politique des Etats qui mettent en œuvre ces changements, semble ainsi camoufler la diffusion d’un nouveau modèle économique et culturel en Afrique.

On se trouve alors en face de ce qui apparaît comme un nième projet d’acculturation planifiée, imposé de l’extérieur par des Etats qui ont une finalité d’expansion économique et culturelle.
Après l’acculturation forcée de la période coloniale destinée à intégrer l’Afrique dans l’économie monétaire coloniale suivie de l’acculturation planifiée dans le contexte du capitalisme occidental et du socialisme soviétique postcolonial -qui permit de l’insérer de part et d’autre dans le modèle culturel et économique des deux blocs idéologiques-, semble s’ouvrir à l’ère de l’ internet, de la démocratie et de la mondialisation, une nouvelle période d’acculturation planifiée destinée à intégrer l’Afrique dans l’économie mondiale libérale des réseaux de l’Information. Si le projet de connecter l’Afrique au réseau mondial affiche clairement son objectif commercial, qui est d’offrir des opportunités d’affaires aux opérateurs économiques africains, l’objectif de l’école numérique semble, quant à lui, s’inscrire dans un projet plus vaste de diffusion culturelle du modèle économique libéral dominant.

Un lobbying actif destiné à introduire les Nouvelles Technologies de l’Information dans les sociétés africaines et à remodeler les institutions pour les y adapter -comme en témoigne la floraison des néologismes tels e-gouvernement, e-économie, e-éducation est mené dans ce sens par des experts et des ONG, dont certaines ne sont que des chevaux de Troie au service de programmes gouvernementaux ou d’entreprises visant à introduire massivement en Afrique des matériels technologiques non sollicités. Des politiciens et des élites intellectuelles locaux sont mis à contribution. Ces meneurs locaux du jeu acculturatif se chargent de faire la propagande des nouveaux produits et d’en assurer la diffusion dans le tissu social et économique africain.
En l’occurrence, rien de neuf sous le soleil africain !
Il s’agit bien là de poursuivre la mise en application des règles fondamentales qui régissent la méthode de l’acculturation planifiée ; celle-ci recommande d’impliquer activement les membres influents des sociétés receveuses dans l’innovation que l’on veut y introduire, l’enthousiasme et l’intérêt de ces derniers étant suscités d’une part par la vertu de panacée attribuée aux NTIC pour résoudre les problèmes de développement et d’autre part par les retombées financières et matérielles qui procèderaient de l’adoption des nouvelles technologies de l’information.
Dans cette perspective, l’exigence stratégique de contrôler la direction du changement social en lui donnant une couleur locale et en l’imposant de l’intérieur n’est pas absente du souci d’intégrer les traditions et cultures locales au contenu des informations et au programmes de l’éducation numérique.

La problématique du contenu et des programmes de l’éducation numérique risque ainsi d’être récupérée par un projet d’acculturation planifiée dirigée de l’extérieur.

En effet, afin de contourner la résistance des sociétés au changement, la sociologie du développement a toujours prôné la méthode de la transformation des structures par adaptation des institutions existantes.
Dans le contexte de l’acculturation planifiée, le relativisme culturel et l’intégration des traditions dans les contenus de l’enseignement serviraient alors à instrumentaliser les cultures locales pour diffuser un modèle culturel extérieur. L’on aurait affaire à une intégration unilatérale utilisant les cultures locales comme vecteurs de la culture et de l’économie dominante. Medium d’une diffusion culturelle, les NTIC ne dérogeraient pas alors à la fonction qui est traditionnellement impartie au mass-média dans l’acculturation planifiée.

Les échecs patents de tous les projets successifs d’acculturation en Afrique invitent cependant à mettre en question ce nouveau projet d’intégration unilatérale des sociétés africaines au modèle économique actuellement dominant.
Le motif allégué du développement de l’Afrique peut en effet être remis en question dans la mesure où la réduction de la fracture numérique paraît plutôt s’inscrire dans la ligne d’un processus d’uniformisation progressive du monde par un modèle culturel jugé supérieur aux autres dans l’ère d’involution dans laquelle l’humanité se trouve de nos jours. L’Afrique se développerait alors par la réduction de la fracture numérique dans le sens où elle se mettrait à niveau dans le système d’uniformisation en utilisant NTIC pour servir les finalités qui leurs sont assignés par le modèle culturel dont elles sont les produits. Le mal-développement et la déstructuration des sociétés africaines qui ont résulté des diverses acculturations planifiées par des politiques prédatrices à courte vue invitent cependant à explorer des voies différentes et à inscrire la réduction de la fracture numérique entre le nord et le sud dans un projet de civilisation fondé dans un autre concept du développement.

II. Pour un usage innovant des NTCI en Afrique dans un projet de civilisation : l’exemple Aprélia 

Dès lors la question de la réappropriation politique des NTIC en Afrique et du choix des finalités de leur usage devient centrale. En ce qui concerne l’école numérique, la question de la définition des contenus et des programmes appropriés accède alors au statut d’urgence de première nécessité.
En Afrique, les NTIC doivent-elles seulement servir à intégrer les sociétés au nouvel ordre économique mondial, à procurer aux opérateurs et aux élites un savoir-faire et une efficacité dans la concurrence universelle ? Sans nier cette nécessité pratique, ne devraient-elles pas être avant tout être mises au service d’une transformation qualitative de la société globale, à la fois par l’opportunité qu’elles ouvrent pour le dialogue actif des cultures et par la pluralisation des figures de la rationalité humaine, laquelle permettrait aux sociétés de choisir de manière autonome la voie spécifique du développement correspondant à leur génie ?

L’enjeu de ce questionnement est de définir un nouveau concept du développement et de la croissance par intégration réciproque des cultures et des diverses figures de la rationalité dans un monde interconnecté et interdépendant.
Il est aussi de découvrir les voies de la transformation pédagogique de l’école africaine qui permettrait de former, en Afrique, des personnalités dynamiques capables d’innover, de partager et de s’ouvrir à eux-mêmes et à l’altérité, dans l’ère de la communication et de l’information. Une coopération enrichissante et un développement durable et productifs dans le sens de la réciprocité au bénéfice de tous les partenaires de l’échange pourrait être inauguré entre le nord et le sud. Il s’agit alors de briser la logique qui a structuré l’école africaine née de la période des acculturations forcées et planifiées coloniales et postcoloniales, durant lesquelles elle fut destinée à former des individus adaptés au nouvel ordre économique et politique régnant. Dans ce sens la question des contenus de l’éducation numérique n’invite pas à intégrer les traditions aux programmes dans le but de s’en servir comme vecteurs du changement structurel des sociétés africaines. Il ne s’agit pas de mettre la tradition au service de la nouvelle économie au moyen des NTIC.

Il ne s’agit pas, de même, d’enseigner, l’usage des NTIC aux populations africaines afin de structurer les tissus communautaires et de faciliter les cohésions identitaires.
La réalisation des intérêts culturels locaux et des finalités matérielles économiques attachés à la maîtrise des NTIC se subordonnent au projet global de civilisation et à la transformation qualitative des relations humaines que les NTIC permettent, dans l’ère nouvelle des réseaux.

L’Afrique doit être plus ambitieuse !
Outre les opportunités d’autonomie politique des Etats et de croissance économique ouvertes par la maîtrise des réseaux de l’information, les NTIC doivent permettre d’inaugurer une transformation pédagogique de l’école et un dialogue vivant des cultures, dans un échange et un partage symétriques facteurs d’enrichissement réciproque.
C’est bien ces objectifs que vise l’Association pour la promotion des ressources éducatives libres @fricaines (Apréli@, aprelia.org ), qui, depuis l’Afrique, développe des e-jumelages éducatifs collaboratifs , leur finalité ultime étant de faciliter une libre acculturation réciproque des peuples ; il s’agit bien là de mettre les NTIC au service d’une nouvelle voie de développement humain, dans l’interdépendance et la solidarité.
Cette initiative visionnaire montre que la voie de la transformation sociale et de l’émancipation collective par le changement des mentalités peut donc être explorée.
Ce changement des mentalités né du dialogue des cultures devra permettre de changer les structures économiques et de transformer le concept du développement.
En déconstruisant la domination de la rationalité instrumentale, la pluralisation des usages de la raison et la mise évidence des diverses efficiences rationnelles doivent permettre de changer les paradigmes devenus obsolètes qui ont régi jusqu’à nos jours l’économie, la politique, l’écologie, les sciences humaines et les sciences de la nature.
L’ethnologie attire en effet l’attention sur la pluralité des cosmologies et des anthropologies. Elle met l’accent sur leur équivalence dans la rationalité.
La cosmologie de la séparation, de la coupure entre l’homme et la nature, entre l’esprit et les choses, qui structure les sociétés individualistes occidentales n’est pas supérieure à la cosmologie de la participation des sociétés holistes qui prône la continuité entre toutes les parties du cosmos et fond l’homme dans la nature, et réciproquement la nature dans l’homme. 

Au plan de l’agir quotidien, l’action de l’homme des sociétés holistes qui imite le geste exemplaire des dieux et des ancêtres créateurs ou qui modèle ses conduites selon les mythes primordiaux en étant tourné vers le passé, ne le cède pas en valeur et en efficacité à l’innovation du sujet autonome qui décide en se fondant sur soi-même et innove en étant tourné vers l’avenir.
L’ethnologie fait ainsi ressortir la pluralité des rationalités et des logiques
A côté de la pensée par signe arbitraire, il existe une pensée par symbole. Le champ des procédures du savoir humain est partagé autant par le raisonnement par emboîtement de concepts les uns dans les autres que par le raisonnement par correspondance qui permet de passer d’une strate du réel à une autre sans les enfourner dans des moules.
L’efficience de la rationalité instrumentale occidentale qui permet à l’homme de dominer la nature et de la soumettre aux désirs humains n’annule pas la valeur du raisonnement inductif dont use la divination pour sécuriser l’homme et lui permettre d’agir dans la nature. La productivité du raisonnement analytique qui structure les sciences formelles et expérimentales ne doit occulter celle du raisonnement par analogie. La logique de la raison manipulatrice des choses doit s’ouvrir à ce que Bastide appelle « la logique des choses » et à la raison magique, expression dans laquelle « magique » n’a pas une connotation péjorative mais exprime une autre forme de pensée causale, un autre type de manipulation ou de domestication de la réalité.

La transformation pédagogique de l’école africaine par un usage ambitieux des NTIC nécessite par conséquent d’ouvrir les voies de l’innovation et de la transformation progressiste des sociétés africaines et même du monde entier, par une exploration du génie des diverses cultures.
Elle devra remplacer une éducation qui apprenait auparavant à s’adapter au monde culturel environnant ou à une nouvelle société moderne, par une éducation qui crée « un type d’homme capable de changer, de choisir, de se développer, de se modifier en modifiant son environnement, capable de s’enrichir, de s’amplifier, dans l’échange, la coopération, l’ouverture aux autres »[

Dans ce sens, la signification de l’introduction des traditions et des coutumes dans le contenu des programmes de l’éducation numérique doit être précisée.
Intégrer les contenus culturels dans l’éducation numérique ne signifie guère réactiver les traditions, c’est-dire revenir aux formes d’organisation que les cultures ont pu produire à un moment aujourd’hui dépassé de leur histoire.
Intégrer les contenus culturels dans l’éducation numérique c’est enraciner les contenus dans les cultures comprises comme âme productrices, c’est-à-dire dans une certaine philosophie de la vie qui puise sa source dans les forces de spontanéité des cultures vivantes. Dans cette acception, l’exigence d’introduire les coutumes et les savoirs locaux dans les contenus est un appel à les enrichir par les cultures saisies comme inventivité, comme productrices et nourricières de nouveautés.
Cela veut dire exactement qu’il s’agit, par exemple, d’intégrer dans le dialogue vivant des cultures qu’amorce l’éducation numérique, les héros culturels africains tels l’Araignée Ashanti ou le Forgeron Dogon comme interlocuteurs du Prométhée européen contempteur des Dieux ou de l’Œdipe sacrilège.
Un projet de civilisation fondé sur le paradigme de l’ouverture à l’altérité, de la relation et de la communication des cultures, du respect de la nature, serait alors l’objectif que l’école numérique assigne à l’éducation dans l’ère des réseaux.
La problématique de la réduction de la fracture numérique et de l’intégration en vue du développement économique - actuellement invoquée pour justifier la diffusion des NTIC en Afrique -pourrait être ainsi redéfinie dans le sens de l’intégration réciproque des cultures et des connaissances en vue d’un progrès collectif multiforme et d’un développement durable des communautés humaines.

Dans le commerce et la rencontre des peuples, la relation symétrique de l’acculturation libre et réciproque dans laquelle les peuples acceptent de recevoir des autres les changements culturels dans lesquels ils trouvent librement un intérêt, pourrait se substituer à la relation asymétrique de l’acculturation forcée ou planifiée selon le modèle linéaire d’une culture dominante qui doit changer les autres selon ses propres normes.

Cette rencontre vivante des peuples pourrait réaliser le vieux rêve du rendez-vous du donner et du recevoir, de la rencontre communielle des peuples qui ne fut jamais possible 

en raison du paradigme de la séparation, du cloisonnement, de la domination et du contrôle sous lequel le règne de la raison instrumentale a placé les existences et la nature jusqu’à nos jours.

Ainsi l’objectif fondamental de l’appropriation par les Africains de la culture numérique n’est pas tant économique que politique.
Au-delà de leur usage économique pour se positionner avantageusement dans la nouvelle économie mondiale, l’objectif ultime de la maîtrise des NTIC en Afrique pourrait être de changer la société humaine dans son intégralité par une utilisation politique visant à transformer qualitativement l’économie, la politique et les savoirs dans le sens du progrès collectif, interdépendant et solidaire des peuples.

Alexis Dieth, Docteur en Philosophie, Vienne. Autriche, Contact Alexis Dieth

Alexis Dieth est professeur de Philosophie et de Civilisation africaine, Dr en philosophie de la faculté de Poitiers (France).
Spécialiste de la philosophie morale et politique de Kant, il dispose d'une solide culture générale en épistémologie, en histoire, en sociologie, et en psychologie.
Disposant d'une expérience de 32 ans dans l'enseignement de la philosophie, durant lesquelles il a exercé la fonction de conseiller pédagogique, respectivement en Côte d'Ivoire, au Liban (International College of Beirut), en France et en Autriche , il a participé et fait des communications lors de Séminaires, Colloques et Stages de formation ayant trait à la problématique du développement économique et politique de l’Afrique , à l'inter- culturalisme , aux relations internationales et à la pédagogie.
Il est actuellement professeur de Civilisation africaine à Francophonia (Vienne, Autriche). Le Dr Dieth est de nationalité ivoiro-française.
Il a publié «  La pratique comme intention dogmatique de la raison pure  » in l’année 1793. Kant sur la politique et la religion. Acte du 1er congrès de la Société d’Etudes kantiennes de Langue Française. (Dijon, 13-15 mai 1993) sous la direction de Jean Ferrari, Paris, Librairie Philosophique J.Vrin. 6, place de la Sorbonne, 1995,
et contribué à la rédaction de « La naissance de la volonté » Auteur. Miklos Vetö, L’harmattan, 2002

Annexe : Note sur les e-jumelages éducatifs d’Apréli@.

Le projet vise à mettre à disposition des écoles, instituts de formation d’enseignants, collectivités locales, un ensemble de ressources numériques pour mener des activités pédagogiques entre classes africaines de différents pays, dans un esprit d’intégration africaine, et également entre classes africaines et classes d’autres régions du monde.
L’élaboration du guide repose sur la co-construction de ressources et de scenarii pédagogiques, dans l'esprit et la démarche du Libre, entre enseignants et formateurs français et africains.
Construit sur un modèle socio-constructiviste, il s'appuie sur la solidarité enseignante et le co-développement professionnel entre pairs sur ce qui constitue le cœur de l'exercice professionnel, à savoir la qualité des apprentissages scolaires, dans le contexte de l'échange culturel et de la citoyenneté globale.(…)
La production des ressources et le déroulement des activités scolaires associent également la communauté de l’école : élèves, parents, membres de comités de gestion, élus locaux, autorités scolaires, partenaires techniques et financiers.

Le projet e-jumelages d’Apréli@ entend renouveler, dynamiser et accroître l’impact des jumelages scolaires, tant sur le plan éducatif que citoyen, dans le village planétaire à terme interconnecté et interdépendant.

S’inscrivant dans une démarche de changement systémique, il vise à en créer un modèle durable.
La pédagogie mise en œuvre dans le dispositif pédagogique des e-jumelages vise d’une part à placer l’enfant en position d’acteur, de producteur de savoirs, d’ambassadeur de son école et de la communauté autour de l’école, ainsi que de citoyen du village global, et d’autre part de faciliter le changement de posture pédagogique du maître de la position de détenteur et transmetteur de savoirs vers celle de guide et de médiateur des savoirs. (…)

Par ailleurs, les scenarii mis en œuvre permettront à l’élève, outre le renforcement des connaissances et compétences scolaires et l’acquisition de compétences TICE, d’acquérir de nouvelles compétences dont les capacités à communiquer, échanger, s’ouvrir à d’autres contextes et cultures (acquisition de nouveaux savoir-faire, savoir-être, savoir interagir, savoir collaborer, savoir devenir.)
Le projet entend donc favoriser des attitudes de partage, de coopération, d’entraide et de solidarité, c’est -à-dire une transformation individuelle et sociale gage de développement humain et social durable. Basé sur l’échange interculturel, il permettra également une meilleure visibilité des ressources numériques africaines, valorisant ainsi le patrimoine culturel, linguistique et spirituel africain.(…)
Le modèle pédagogique des e-jumelages reflète l’ inscription dans un territoire, en partant du plus proche et du mieux connu pour aller vers le plus lointain et découvrir l’Autre, dans un double mouvement de décentration mais aussi de centration et de réflexion sur soi-même.

Le modèle consiste, en effet, à produire un carnet de voyage numérique sur la ville de ses partenaires. Pour y parvenir, chaque classe aura besoin de solliciter la classe partenaire pour recueillir des informations sur elle-même, son école, son quartier, sa ville, sa région, son pays, puis de les traiter, les organiser et les mettre en forme. Pour le recueil des informations, les élèves devront avoir recours à des personnes –ressources diverses, telles que les parents et les élus locaux. La production finale, le carnet de voyage numérique, sera mise en ligne sur le site des municipalités partenaires, et sera le reflet d’un travail collaboratif impliquant l’école et ses partenaires.(…) 

Un comité technique Aprélia / CONFEMEN a été constitué pour assurer la meilleure à cette initiative africaine visant à définir et implémenter un usage des TICE adapté aux besoins éducationnels africains.

Les e-jumelages ont été lancés lors d’un atelier international tenu à Dakar en avril 2011 à la FASTEF (Faculté des Sciences et Technologies de l’Education et de la Formation, ex-ENS).
Placé sous le patronage du Président en exercice de la CONFEMEN, cet atelier a réuni des enseignants, des formateurs d’enseignants, des chercheurs en éducation, des responsables pédagogiques et administratifs, des élus locaux, des représentants des parents d’élèves, des comités de gestion des écoles, des partenaires nationaux et internationaux.
Ensemble, ils ont co-élaboré le modèle pédagogique des e-jumelages et produit les 1ères ressources et réfléchi sur un ensemble de questions relatives au pilotage du projet, ce qui leur a permis de concevoir les outils et méthodes appropriés de collaboration, de suivi accompagnement, de formation et d’évaluation, ainsi qu’une stratégie d’appropriation des TIC.

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[1] Roger Bastide. Anthropologie appliquée. p 166-167. Payot, Paris 1971